Par-delà le Seuil

[FORUM FERMÉ]Depuis la base du mur gelé au Nord de Westeros jusqu'aux dunes désertiques de Tatooine, en route pour l'aventure !
 
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 Le meilleur moyen pour toucher du doigt sa folie, c’est d’être hanté par un souvenir qui ne veut pas mourir

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Ramsay Bolton

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MessageSujet: Le meilleur moyen pour toucher du doigt sa folie, c’est d’être hanté par un souvenir qui ne veut pas mourir   Sam 15 Sep - 17:58

Le monde, affreusement silencieux, était comme mort.
Aucun bruit ne s'élevait à l'entoure, et même si une brise légère venait effleurer, par intermittence, les branchages noueux des arbres centenaires qui peuplaient la Grande Forêt, ces derniers, léthargiques, ne soupiraient nullement sous ses éparses et délicates caresses. Quant aux animaux... qu'ils soient faits de chitines, d'écailles, de plumes ou de fourrures, s'ils étaient présents, ils devaient être rudement bien dissimulés par la brume opaque, qui drapait la nature d'un voile immaculé, similaire à celui éthéré d'une mariée, car Ramsay Snow ne les voyait guère ! Pas plus qu'il ne parvenait à les entendre, d'ailleurs. Ce qui lui paru étrange, de prime abord ; d'ordinaire, en bon chasseur qu'il était, il savait percevoir les remous de la vie et parvenait à en déceler la moindre manifestation, aussi infime fut-elle. Là, en revanche, il n'en était rien. Tout était immobile, tout paraissait éteint. C'était, à mieux y réfléchir, comme s'il était le seul être demeurant encore vivant en ces lieux ; cette fugace pensée le fit frisonner, imperceptiblement, d'un mal-être indéfini. Et cette odeur, mêlée à l'étrange humidité que portait paresseusement le brouillard, n'était-elle pas celle de la putréfaction ? Non, se dit le brun, tout en se pinçant les lèvres ; c'est seulement celle, nauséabonde, de la fange marécageuse qui borde l'extrême Ouest de la Grande Forêt.
Tandis qu'il se remettait en marche, filant alors entre les arbres à la manière d'un spectre vagabond, Ramsay Snow pesta sombrement contre cet obscur et bien étrange malaise qui ne cessait de se propager en lui, tel un poison mortel qui s'insinuerait dans chacune de ses veines jusqu'à l'en faire défaillir, et qui, de surcroît, se plaisait vraisemblablement à troubler son esprit. Allons bon ! Même si quelque chose pourrissait effectivement dans les bosquets, cela ne pouvait tout simplement pas être, ainsi qu'il s'était surpris à l'imaginer l'espace d'une poignée de secondes hallucinées, l'ensemble du Monde. Certes, cela va de soit... mais alors, comment expliquer cette flagrante absence de vie ? Les animaux dorment, voilà tout ; trancha sèchement sa raison, sur un ton qui n'admettait aucune contestation. Il n'y avait désormais plus matière à tergiverser. Ainsi, le jeune homme poursuivit son avancée sans se poser davantage de questions et gardant, dès lors, son regard, plus clair encore qu'un ciel d'été sans nuage, toujours fixé sur un point précis de l'horizon, lequel il s'était intimement promis de conquérir.

Le temps d'un prompt battement de cils et il fut sorti de la Grande Forêt. D'étonnement, l'archer s'arrêta net. Curieux, il aurait pourtant juré s'être trouvé, l'instant précédent, au beau milieu des bois.
Les sourcils froncés, il entreprit de lentement balayer la vaste lande du Nord, qui s'étendait à perte de vue devant lui, d'un œil circonspect ; une aube particulièrement flamboyante embrasait le paysage enneigé, le faisant moirer de mille éclats ardents, dont chaque scintillement était semblable à un battement de cœur. Il n'était nul doute que le tableau lumineux des Plaines septentrionales, n'avait rien à voir avec celui, sombre et lugubre, que dépeignaient les Ténèbres sauvages qu'il venait miraculeusement de quitter. Cependant, l'image chimérique que renvoyait cet Éden rayonnant, d'apparence tout tissé d'harmonie et de sérénité mêlées, ne parvenait guère à chasser les pressentiments houleux qui hantaient l'esprit de Ramsay Snow depuis le début de ses hasardeuses pérégrinations. Tout était beaucoup trop paisible, d'après lui, et cela ne présageait rien de bon. Le calme avant la tempête ; souffla-t-il, à mi-mots, tandis que se resserrait inconsciemment l'emprise de sa main sur son arc. Quant à ce silence... Ah, ce diable de silence ! Tant oppressant que surnaturel ! Si dans la Grande Forêt il avait déjà commencé à l'inquiéter, ici, dans ces immensités glacées, il le terrifiait littéralement, le paralysant presque sur place. Et pour cause, de par son omniprésence, il ne faisait que souligner l'angoissante singularité du Vide, tant relatif qu'absolu, dont étaient sinistrement constitués les alentours.
Tout en essayant de faire fi de ces innombrables tourments, lesquels le dévoraient toujours un peu plus seconde après seconde, le brun chercha désespérément quelque chose de tangible à quoi se raccrocher. Ce fut alors que son regard, rendu hagard par la détresse ondoyante qui tordait impitoyablement son âme, se raccrocha résolument à la silhouette lointaine d'un Vieux Chêne. Se détachant fièrement de l'horizon rubescent, cette dernière lui apparut comme celle, solennelle, d'une entité salvatrice descendue sur terre pour l'aider à retrouver son chemin dans l'adversité ; c'était vers elle qu'il devait se diriger, s'il voulait quitter cet Enfer gelé. Esquissant, sans même s'en rendre tout à fait compte, un mince sourire de soulagement, il entama de s'en rapprocher. Ivres de ses espérances, ses pas s'étaient faits rapides, empressés, guidés par une euphorie nouvelle qu'il peinait à canaliser ; son cauchemar d’errance allait prendre fin et là-bas il trouverait le moyen de quitter les Limbes !
Néanmoins, très vite, Ramsay Snow déchanta. Cet arbre maudit, il ne le connaissait que trop bien, pour l'avoir vu maintes et maintes fois en rêves. Dès lors, le malheureux comprit pourquoi il s'était réveillé dans ces mystérieuses contrées. J'aurai dû m'en douter, c'était pourtant évident. Parallèlement à cette douloureuse prise de conscience, haut, très haut dans le ciel, les nuages amorcèrent de s'enrouler délicatement autour de l'astre du jour, l'étouffant ainsi de leurs somptueux atours immaculés. La vive clarté céleste qui inondait jusqu'alors le Monde faiblit peu à peu et la lande devint blafarde, tant livide que spectrale ; c'était une si belle journée pour mourir.
L'archer frissonna.

L'écorcheur avait ouïe dire, plus tôt dans la matinée, que le meunier s'était récemment uni à une jeune et bien jolie paysanne ; comme ils forment un couple touchant, vous ne trouvez pas Monseigneur ? C'est vraiment beau de les voir ensemble ! S'étaient extasiées, comme pour clore superbement le sujet, ses servantes, de vieilles commères que les récits mièvres d'amourettes idylliques rendaient ridiculement rêveuses. Surpris d'apprendre ainsi les épousailles de ce bon Albert, il n'en avait pas moins accueilli la nouvelle avec le sourire. Cette esquisse, toutefois, était dotée de nuances sombres, corrompues, qui firent tressaillir les bavardes. Mais elles en avaient déjà trop dit, visiblement. Aussi, lorsque Lord Bolton finit par leur demander, doucereux, de lui apporter de plus amples précisions concernant les deux tourtereaux, elles n'eurent guère d'autre choix que de lui répondre, à contre cœur. Fort de toutes ces informations collectées, l'écorcheur chevaucha à travers la lande dans le but de retrouver, près de leur arbre symbolique, ces fichus amants, pour qui il nourrissait de bien sombres desseins ; ces insolents allaient apprendre ce qu'il en coûtait de ne nullement se plier aux lois en vigueur. Célébrer une union sans l'accord du Seigneur de ces contrées, quelle arrogance !
Lorsqu'il les eut rejoint, tout se passa très vite, ou très lentement ; nul n'aurait su le dire avec exactitude. Et pour cause, alors que s’enchaînèrent moult infamies, le temps, rendu dément par la cruauté des actions auxquelles il assistait, impuissant, paraissait ne plus avoir les mêmes propriétés qu'à l'accoutumé. Les minutes, décousues, tantôt s'étiraient, tantôt se fracturaient, tandis que la fatalité s'abattait durement sur les malheureux passionnés. Il ne resta plus rien de leur amour, après le passage de Lord Bloton. Plus rien si ce n'étaient que quelques lambeaux dévastés, pulvérisés, éparpillés aux quatre vents. Le meunier, d'abord sauvagement rossé jusqu'à ce qu'il en fut défiguré, avait fini par être pendu par le cou à l'une des branches basses du Vieux Chêne. Sa femme, quant à elle, avait connu un sort plus atroce encore ; sous la dépouille informe de son défunt mari, laquelle se balançait sinistrement au rythme lent de la bise tel un pantin désarticulé se tordant sous l'impulsion d'un marionnettiste fou, elle avait été abusée par l'écorcheur, qui, alors, lui avait susurré à l'oreille, entre d'autres ignominies, qu'elle n'était bonne qu'à cela et qu'il ne faisait que prendre ce qui lui revenait de droit.
Ramsay Snow, pour sa part, avait été témoin de cette scène immonde, laquelle il n'avait pas pu interrompre. Pourtant, ce n'était pas faute d'avoir ardemment essayé de venir en aide aux deux jeunes amants. Mais, quoi qu'il eut entrepris, ses actions étaient restées vaines... immatériel dans ce monde apparemment bien austère, l'archer ne pouvait nullement influer sur les événements qui s'y déroulaient ; le cœur lourd et l'âme en pleurs, il n'avait, de ce fait, guère pu porter secours à sa mère et ce même s'il avait été probablement prêt à tout donné, tout sacrifier, pour cela, quitte à ne jamais venir au monde. Et tandis que cet univers entamait, soudain, de se confondre dans un maelstrom de sons et de couleurs, son regard s'attarda sur la malheureuse qui, toujours échouée au sol, tremblait de tout son être à la manière d'une feuille morte. Lorsque le brun, les yeux embués de larmes, voulu tendre sa main en sa direction, dans une ultime tentative de réconfort, la lande se volatilisa autour de lui et les Ténèbres vinrent.

« - ...un an plus tard elle s'est présentée à la poterne, un gosse braillard dans les bras, qu'elle assurait être de moi. Elle, je l'ai tué et j'ai failli faire jeter son marmot dans le fleuve. Mais je t'ai regardé et j'ai vu ce que je vois aujourd'hui ; tu es mon fils. » La voix de son père, froide et indifférente, s'était élevée des Abysses, accompagnant ainsi son retour à la réalité.

Je suis ton fils, oui... et je compte bien rester le seul à pouvoir prétendre à cela. Cette pensée le fit esquisser un mince sourire, identique à celui qui avait éclairé le visage de l'écorcheur lorsque ses gens lui avaient parlé des jeunes mariés. Puis, l'instant d'après, Ramsay Bolton rouvrit les yeux, s'extirpant ainsi pleinement de son for intérieur. Sans d'autres cérémonies, le brun s'extirpa de ses couvertures et se dirigea du coté de la fenêtre afin de l'ouvrir. Dès lors, l'air frais de l'aube vint effleurer son visage diaphane et il se délecta, un temps, de cette délicieuse et vivifiante caresse. Ce faisant, il laissa à son esprit tout le loisir de peaufiner ses plans, de sombres projets qu'il réservait à son jeune frère, tout juste né dans le mois. En grand stratège qu'il était, il prit soin de considérer avec minutie toutes les possibilités qui pouvaient découler de ses futures entreprises, y compris celles improbables, qui pouvaient jouer en sa défaveur, et se matérialisa le dénouement de chacune d'entre elles sur la toile de son cerveau. Une fois certain de ne rien avoir laissé de coté, car le hasard n'avait pas sa place dans ce qui allait suivre, le fils illégitime du Seigneur de Fort-Terreur renoua simplement à ses habituelles occupations.
En fin de matinée, après être revenu d'une longue partie de chasse en solitaire, l'archer demanda à ce qu'on lui fasse couler un bain, de préférence bien chaud, et que l'on aille lui chercher Schlingue sur le champ. Les servants, sachant pertinemment que Lord Bolton n'était pas du genre très patient, s'exécutèrent avec un empressement craintif, la tête basse et la respiration suspendue comme s'ils n'osaient respirer, de peur de le contrarier. Ramsay, qui ne donnait pas cher de ses domestiques s'il s'avérait qu'ils n'avaient pas achevé leurs tâches à son retour, se contenta, quant à lui, d'aller se changer en sifflotant. Il délaissa alors ses tenues de cuir tanné au profit de vêtements plus légers, étonnement sobres, faits de lin noir. Ceci fait, il amorça de regagner lentement la pièce où se trouvait la baignoire...
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Theon Greyjoy

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MessageSujet: Re: Le meilleur moyen pour toucher du doigt sa folie, c’est d’être hanté par un souvenir qui ne veut pas mourir   Sam 15 Sep - 17:59

La matinée semblait toucher à sa fin. L'humidité froide de la rosée finissait de disparaître du foin qui jonchait la petite cage du chenil où Schlingue s'était recroquevillé dans un coin, luttant contre la fraîcheur, emmitouflé dans ses guenilles, tremblant de tout son corps en cherchant à trouver un peu de repos.
La nuit lui avait été particulièrement pénible. Quelqu'un avait éteint les torches qui, de leur flammes se réverbérant contre les murailles de pierre brute, contribuaient d'ordinaire à maintenir un certain niveau de chaleur dans le chenil. Or là, les pauvres créatures enfermées avait dû lutter contre le gel, lui y compris. De plus, la gamelle avait tardé à venir, volontairement ou non. Il était bien décidé à en parler au Maître, en faisant passer le malheur de ses chiennes au premier plan.

Laissant de côté ses pensées quant à la nuit précédente, Schlingue, qui ne parvenait plus à se replonger dans le sommeil, se redressa, époussetant les quelques brins jaunes qui empaillaient ses cheveux sales, puis, passant sa manche trop longue sur son visage pour frotter les piqûres de puces, se redressa pour rejoindre les barreaux qui le séparaient de la cage voisine.
De l'autre côté de la barrière, Azaradel, l'une des chiennes de Ramsay, s'activait, remuant la queue en le voyant approcher et lançant à son attention quelques joyeux aboiements. Il passa une main tremblante entre les montants froids de la grille et vint enfouir ses doigts bleuis dans les poils sombres de sa voisine, lui adressant moult caresses bienveillantes. L'espace d'un instant, Schlingue eut l'impression de s'évader spirituellement, comme si le monde autour de lui se mettait entre parenthèse, le temps d'un moment de complicité entre lui et son amie à fourrure.

La réalité le rattrapa bien vite quand, aussi brusquement qu'un coup de tonnerre, le grincement strident de la porte de sa cage retentit, se répercutant en un écho sinistre dans le chenil et dans son esprit tourmenté. Il se retourna dans un sursaut, se prostrant dans un geste réflexe le plus loin possible de la silhouette qui se tenait dans l'ouverture. Jusqu'à remarquer qu'il s'agissait d'une jeune femme, une bonne au service du Maître. Cette dernière lui demandait de la suivre.

Le jeune homme savait vers où elle allait l'emmener. Refuser de l'accompagner reviendrait à s'attirer la colère de Ramsay et il savait ô combien sa fureur pouvait être néfaste. Aussi, en songeant le temps d'un clignement de paupières à ce qu'il avait déjà traversé, Schlingue se referma sur lui même, enfonçant sa tête dans ses épaules frêles tandis que son regard cherchait à éviter tout contact avec le monde extérieur. Il préféra regarder ses pieds nus, rendus noirs par l'errance dans sa toute petite cage. Il esquissa un premier pas, timide, avant de poursuivre d'une démarche tendue, les bras ballant.

Il ne prêta pas grande attention au décor qui défilait autour de lui à mesure qu'il progressait dans les artères du château de Winterfell. Ces mêmes couloirs qu'il avait arpenté maintes et maintes fois les années précédentes, quand les choses étaient, à les considérer en ce jour, plus simples. Il avait l'impression que le monde entier avait sombré dans quelque sorte de folie irraisonnée. Ô certes, il y avait toujours eu des guerres intestines, des conflits d'intérêts, des manigances et autres actes sournois. Mais depuis la mort d'Eddard Stark, l'honneur semblait avoir été la première victime de cette nouvelle ère.

Un spams incontrôlé lui permit de renouer avec la réalité qui l'entourait. La suivante tournait les talons et le laissait seul, assurée qu'il était rendu là où il le devait. Lui avait-elle parlé ? Il n'aurait su le dire, perdu qu'il avait été dans ses réflexions. Il en était d'ailleurs parvenu à la conclusion que, bien que les choses aient quelque peu changé ici, elles semblaient empreintes d'une certaine logique. Un ordre rassurant qu'ils devaient tous au nouveau Maître des lieux. Aussi, c'est avec l'ébauche d'un sourire que Schlingue trouva le courage d'armer le bras pour frapper à la porte et annoncer son arrivée avant d'entrer sans s'en faire prier.

Schlingue referma précautionneusement la porte derrière lui, veillant à préserver l'espace de bruits inutiles. L'intérieur était autrement plus chaleureux que la petite cage qui lui servait de niche. La pièce, bien que sombre, était vaste et richement décorée de tapis en peaux de bêtes. Les tapisseries de fourrures renforçaient le côté animal, presque féroce et contribuaient à consolider l'image d'un Maître fort et dominant. Près des bureaux qu'il devinait du coin de l'oeil, la cheminait crépitait d'un feu revigorant dont il pouvait sentir les ondes chaleureuses lécher sa peau hérissée. L'espace d'un instant, il se permit à espérer pouvoir rester dans cette pièce assez longtemps pour profiter de sa chaleur, quitte à devoir passer par quelque supplice.
Enfin, suivant les volutes de vapeur du regard, il finit par discerner la baignoire fumante et, assis sur le bord de celle-ci, Ramsay qui laissait courir ses doigts dans l'onde encore pure. Son regard croisa le sien le temps d'un éclair avant de s'en détourner, tant par respect que par crainte. Schlingue tenta un mot, à demi étouffé dans un bafouillement maladroit qu'il préféra taire avant de se rentre autrement plus ridicule qu'il ne l'était déjà. Autant laisser le Maître parler le premier et répondre à sa demande.
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Ramsay Bolton

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MessageSujet: Re: Le meilleur moyen pour toucher du doigt sa folie, c’est d’être hanté par un souvenir qui ne veut pas mourir   Sam 15 Sep - 18:00

Cela faisait près d'une dizaine de minutes que Ramsay, après avoir pris place sur le rebord de la baignoire, laissait distraitement courir ses doigts à la surface de l'eau, la faisant ainsi se confondre en clapotis cristallins, comparables à mille murmures ésotériques.
À l'instant même où Schlingue entra dans la pièce, hagard et tremblant, l'archer porta son regard céruléen sur lui, entreprenant, dès lors, de le fixer avec une insistance toute singulière, terriblement ambiguë, tant malsaine que tendre. À en croire l'éclat indéfini qui faisait ondoyer la mer glacée de ses prunelles de mille vibrations chaotiques, il venait comme d’apercevoir la plus belle création des Sept Couronnes ; la sienne propre, rien qu'à lui ; cet homme brisé, qu'il avait su façonner, à l'image même du désespoir, jour après jour, cri après cri, lambeau après lambeau. Ah ! Qu'Il est beau, dans toute l'ampleur de sa déchéance ! Lui, désormais semblable à un animal effarouché et vulnérable. Et, tandis que, vraisemblablement amusé par la maladresse craintive dont faisait preuve l'ancien Greyjoy, la commissure de ses lèvres frémit imperceptiblement d'un sourire indéchiffrable, le brun finit par suspendre peu à peu ses gestes.

Par la suite, lord Ramsay, plus fiévreux que jamais, parut se laisser gagner par l'exultation transie d'une fougue particulièrement troublante, laquelle devait-être purement inconsciente puisque frénétique, et s'en mordilla insensiblement l'intérieur des joues, jusqu'au sang. Alors transporté par une confusion hallucinée au sein de laquelle se mêlaient souvenirs, fantasmes et réalité, il s'imagina sans mal, avec délectation, soustraire à son cher et loyal Schlingue d'autres gémissements, d'autres lamentations, d'autres complaintes, au détour d'un énième tête à tête, lequel leur serait, sans nul doute, le plus éprouvant d'entre tous... un spasme l'ébranla soudain, signe incontestable que son ivresse atteignait son terrible paroxysme, et ses yeux, dont les pupilles s'étaient dilatées à l'extrême, roulèrent sous l'effet d'une extase corrompue. S'en suivit un bref soupir rauque, destiné à calmer l'ardente frénésie de ses battements cardiaques. En vain... Néanmoins, l'archer était-il parvenu à s'extraire du maelstrom infernal de ces grisantes visions, recouvrant derechef un semblant de calme.

« - Schlingue... te voilà enfin ; je ne t'attendais plus. » dans un murmure ronronnant, la voix, ordinairement glaciale, de l’héritier de la Maison Bolton s'était faite doucereuse, presque aussi tendre que celle d'un ami de longue date. « Allons, viens, n'aies crainte... approche. J'ai quelque chose pour toi. » ce disant, l'archer avait lentement retiré sa main de l'eau afin de la tendre vers son interlocuteur dans un geste qui se voulait avenant, empreint de promesses radieuses.

De toute évidence, ce bain, lord Ramsay l'avait fait préparer exclusivement pour Schlingue.

C'était une sorte de rituel abstrus qui s'était manifestement installé entre eux, au fil du temps. À chaque fois que l'archer préparait quelques obscures machinations, au centre desquelles devait œuvrer, en acteur principal, son fidèle serviteur, il lui confiait ses plans, sans retenue, aussi abjects fussent-ils, au bon gré d'un instant égaré et complice, voluptueux à souhait. Durant ces trêves d'une heure ou deux, le sanguinaire bourreau endossait finement le rôle de l'amant attentionné et prenait ainsi soin de l'ancien Greyjoy, le lavant, le massant et le cajolant avec une douceur infinie, arborant des gestes délicats, emplis d'une tendresse toute vaporeuse.
Malgré tout, le brun, sous ses doux airs enjôleurs, n'en demeurait pas moins imprévisible. Et il suffisait d'un rien, ou du moins de pas grand chose, pour que, brusquement, cette chimère cotonneuse qui les enveloppait, avec la légèreté éthérée de l'espérance, ne s'évanouisse, filandreuse, dans l'adversité. Cela avait pour unique et sinistre conséquence de projeter violemment le malheureux Schlingue au cœur même de tourments innommables tandis que Ramsay, par le biais de toutes les subtiles nuances de sa cruauté retrouvée, laissait libre court à ses viles pulsions du moment. Alors, progressivement, l'eau se teintait de pourpre et prenait cette saveur métallique si particulière que l’Écorcheur aimait tant.
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Theon Greyjoy

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MessageSujet: Re: Le meilleur moyen pour toucher du doigt sa folie, c’est d’être hanté par un souvenir qui ne veut pas mourir   Sam 15 Sep - 18:00

Le regard perdu de la créature demeura fiché dans le sol, préférant éviter de croiser celui glacé de son maître, de crainte qu'il ne le lui reproche. Cependant, la voix de son seigneur s'était faite douce à son intention. Aussi se risqua-t-il à lever les yeux vers ceux azurés du jeune lord.

Quelque chose, dans Sa voix, dans Son attitude, dans Son regard, lui laissait supposer qu'Il avait quelque chose à lui intimer. Il en était ainsi et en avait ainsi été auparavant. Tout commençait par un bain rituel, sorte de récompense avant l'heure, où Schlingue s'immergeait dans la baignoire du Maître tandis que ce dernier, dans une pure inversion des rôles, effaçait les traces noires de poussières sur sa peau et désempaillait ses cheveux. Et pendant tout ce temps, alors que la Créature demeurait silencieuse, Il lui parlait avait le même timbre qu'Il avait employé pour l'accueillir, doux, bienveillant. Ramsay lui livrait alors tous les détails de ses machinations, se confiant sans méfiance, certain qu'il pouvait placer une foi sans faille en Sa création. Après tout, il allait de soi pour Schlingue que jamais il n'irait trahir son Maître. Il était tout à ses yeux.
Bien au contraire, à chaque fois que ce rituel prenait place, la Créature se sentait grandie, illuminée par une grâce céleste. La confiance que Ramsay plaçait en lui était, de tous les trésors, le plus précieux.

Un nouveau spasms l'ébranla, le forçant à interrompre le fil de ses pensées. Combien de temps s'était-il passé depuis que le Maître avait fini sa phrase ? Il espéra qu'il ne s'écoulât guère plus que le temps d'un clignement de paupière. Lord Bolton détestait attendre, à juste titre. Alors qu'il chercha à formuler une réponse, Schlingue senti sa langue s'emmêler, bafouillant avant de se reprendre, le regard à nouveau fermement fiché dans le sol.


Pardonnez-moi, monseigneur... Fit-il en s'approchant timidement avant de s'arrêter devant son Créateur. À cette distance, il suffisait à Ramsay de légèrement lever le bras pour l'effleurer Vous m'avez fait mander ?
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Ramsay Bolton

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MessageSujet: Re: Le meilleur moyen pour toucher du doigt sa folie, c’est d’être hanté par un souvenir qui ne veut pas mourir   Sam 15 Sep - 18:01

Tandis que Schlingue se rapprochait lentement de l’Écorcheur, ce dernier se releva dans un mouvement fluide, afin de pouvoir lui faire pleinement face. Cette mise en branle mutuelle, bien que furtive, n'en demeurait pas moins dénuée de charme et d'harmonie, selon l'archer, qui se surprit à penser qu'il s'agissait là d'un véritable ballet improvisé, d'un chef-d’œuvre d'esthétisme, le pourpre en moins. Et quand il prit, finalement, à l'inertie l'envie espiègle de les figer à nouveau, leurs deux êtres se tenaient, dès lors, si proches l'un de l'autre qu'une sphère commune semblait les envelopper tout entiers, les isolant du Monde. Mais, si la paix avait, durant les premiers instants de ces étranges retrouvailles, entamé de les bercer tendrement en son sein, il ne fallut que quelques mots, maladroitement prononcés, pour que l'orage, soudain, ne vienne dangereusement menacer le ciel si bleu au dessous duquel ils s'étaient immatériellement réfugiés.

« Si je t'ai fait mander ? » comme pour ponctuer ces mots, cette interrogation feinte et acerbe, les lèvres du jeune Seigneur de Winterfell, inconsciemment, se pincèrent d'une contrariété naissante, ô combien pernicieuse. Dans le même temps, son regard vif devint, en un clignement d’œil seulement, plus perçant, plus froid également.

Non... non, sa Création n'avait tout de même pas osé demander cela, si ?
Ramsay soupira sa déception ainsi que toute son irritation du moment avant de reprendre, la voix vacillante ; « je crois avoir déjà répondu à cette stupide question... attention, Schlingue, tu recommences à ne plus être attentif. »

La tête légèrement inclinée sur le coté dans une mimique exagérément attendrie, l'héritier de la Maison Bolton, amplement satisfait des menaces dissimulées qu'il venait de proférer avec l'habilité hideuse d'un odieux maître chanteur, s'abandonna, corps et âme, à la vision que lui offrait, alors, le Kraken brisé ; comme Il parait misérable, Lui autrefois si vaillant et fier, et comme Il est... beau... dans sa disgrâce, se dit-il. Parallèlement à cela, les minutes s'allongèrent, devenant une fois de plus étrangement immuables. Cela pouvait aisément laisser penser que Ramsay peaufinait, dans quelque recoin sinueux de son esprit tourmenté, le déroulé cruel d'une énième séance de torture destinée à punir Schlingue de son étourderie.
Contre toute attente, néanmoins, et tandis que la tension, qui viciait l'atmosphère ambiante d'une lourdeur étouffante, devenait plus que palpable, l'archer finit par adresser à son interlocuteur infortuné un sourire tout ce qu'il y avait de plus sincère et de plus tendre, avertissant ainsi que la terrible tempête tant crainte n'avait été qu'averse insignifiante. Schlingue ne craignait rien car, après tout, l’Écorcheur n'allait tout de même pas violemment s'emporter avant un bain...
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Theon Greyjoy

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MessageSujet: Re: Le meilleur moyen pour toucher du doigt sa folie, c’est d’être hanté par un souvenir qui ne veut pas mourir   Sam 15 Sep - 18:01

Le climat s'était tendu à un point tel que Schlingue pouvait presque sentir le sol se rompre dans un tonnerre assourdissant sous ses pieds, le précipitant dans une vertigineuse chute sans fond. Au lieu de cela, il demeurait fiché là, droit comme un piquet, le regard rivé dans le sol, empli de culpabilité. De par sa maladresse, la créature avait froissé son Maître.
Cherchant à éviter, encore un temps, de croiser le regard su Seigneur, celui de Schlingue s'égara sur la baignoire encore fumante, faisant naître dans son esprit quelque hypothèse sur la raison qui avait poussé Ramsay à réclamer sa présence.


Pardonnez-moi, Maître...

Sa voix était tremblante, presque hésitante, son regard toujours fuyant. Soudain, il trouva la force de croiser celui océanique de son Seigneur, mu par la crainte de Le froisser à nouveau, une fois de plus.
Une fois de trop.



Y-a-t-il quelque chose que je puisse faire pour vous servir?

Leur rituel était sur le point de prendre place et, à cette pensée, son corps se détendit quelque peu, ses muscles crispés se relâchant légèrement, sa mâchoire se desserra d'un tel point qu'une douleur aiguë traversa ses molaires comme un éclair zébrant le ciel. Schlingue finit par se relâcher complètement, réalisant qu'ici, les instants qui allaient suivre étaient pour Eux.
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Ramsay Bolton

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MessageSujet: Re: Le meilleur moyen pour toucher du doigt sa folie, c’est d’être hanté par un souvenir qui ne veut pas mourir   Sam 15 Sep - 18:02

L'esquisse qui éclairait les traits de l’Écorcheur finit par s'estomper, lentement remplacée par un masque de sérieux impénétrable tandis que la discussion, portée par les discordances craintives qui animaient la voix de l'ancien Greyjoy, reprenait son cours. Comme le jeune Lord s'y attendait un peu, Schlingue, dont le regard confus était pusillanime au possible, bredouilla, en premier lieu, une excuse terriblement maladroite, signe incontestable qu'il devait amèrement regretter de s'être montré si sot. N'y répondant que par un long soupir las, puisque peu désireux de risquer d'attiser les braises, encore incandescentes, de sa récente contrariété en s'attardant davantage sur ce point-là, Ramsay attendit finalement que son interlocuteur poursuive.
Ce qui ne tarda guère à arriver et ce sous la forme d'une interrogation.

Oh que oui, il y a quelque chose que tu vas faire pour moi... songea-t-il, l'azur puritain et délavé de ses prunelles singulières s'ombrageant de nuages funestes à la seule pensée exquise de ce que réservait, d'une part à son très cher paternel et d'autre part au Nord tout entier, l'exécution de ses projets. Bientôt, les événements n'allaient pas tarder à s'emballer... ce n'était plus qu'une question de temps. Toutefois, s'il avait hâte de pouvoir initier cet engrenage redoutable qui visait à froidement éliminer certaines « menaces particulières », comme il aimait les nommer, et à établir de nouvelles règles entre les « différents partis », à savoir son géniteur ainsi que lui même, Ramsay devait bien avouer escompter pouvoir profiter tout autrement de cet instant avec sa Création.
Cela faisait, en effet, longtemps qu'ils n'avaient pas eu le loisir de se retrouver de la sorte, aux détours d'un bain... bien trop longtemps, même, selon son humble avis. Aussi s'était-il mis en tête de leur réserver, à eux seuls, la première partie de leur entrevue.

« Pour l'heure, je veux que tu te déshabilles, Schlingue. » Cette demande, bien qu'amenée avec toute la douceur dont le timbre du brun pouvait faire preuve, était sans appel, irrévocable et incontournable.

Et si d’aventure l'ancien Greyjoy doutait encore de cela, le regard implacable que l'héritier Bolton posa sur lui devait lui rappeler ô combien il lui était dévoué. Bien malgré les apparences, l'archer œuvrait de la sorte plus par habitude que par réelle volonté de Lui imposer une quelconque domination. Le jeune Lord avait été façonné de la sorte par son passé houleux ; les vicissitudes de la vie avaient, peu à peu, fermé son âme à toute forme de gentillesse et de bonté. Et même s'il voulait, pour l'heure et avant tout, faire plaisir à sa Création, il ne parvenait nullement à se détacher de ce masque austère qu'il revêtait depuis bien des années.
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Theon Greyjoy

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MessageSujet: Re: Le meilleur moyen pour toucher du doigt sa folie, c’est d’être hanté par un souvenir qui ne veut pas mourir   Sam 15 Sep - 18:02

Les lèvres de ce qui restait de l'ancien Greyjoy tressaillirent presque imperceptiblement à l'énoncé de la requête de son maître. Il était parvenu à soutenir le regard de l'héritier de la maison Bolton en puisant au fond de lui quelque étincelle de courage.. ou peut-être la simple envie de le satisfaire tout à fait.
Theon avait l'impression de se présenter au pied d'un de ces monts qui n'imposent par leur taille colossale, mais de ceux qui projettent, sur les vallées en contre-bas, l'ombre de ses flancs escarpés, découpés comme autant de lames acérées. En cet instant précis, Schlingue se préparait à gravir ses pans déchirés, et à aller jouer l'équilibriste sur le fil tranchant de ses crêtes.

La créature acquiesça, plus pour elle même que pour confirmer au maître qu'elle se pliait à ses volontés. Schlingue se défit aisément de ses guenilles qui plus ne tenaient par endroit que par la grâce de quelques fibres encore tenaces.
Ainsi se retrouva-t-il dans le plus simple des appareils, ses vêtements recouvrant ses chevilles abîmées et ses pieds noircis de terre et de crasse. Il exposait ainsi l'ensemble de l'oeuvre de son maître à celui qui l'avait ainsi travaillé, laissant à l'artiste tout le loisir d'admirer sa création.
Theon demeura ainsi immobile à s'afficher, entre gêne et fierté, tandis qu'un fin courant d'air frais lui parcourait l'échine, le forçant à fermer les yeux pour contenir un frisson trahi par la peau de ses bras qui se hérissait.
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Le meilleur moyen pour toucher du doigt sa folie, c’est d’être hanté par un souvenir qui ne veut pas mourir
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